Tous bilingues en 2001 déclarait Madame Onkelinkx lorsqu'elle était en charge du Ministère de l'enseignement. Plusieurs années après, on est bien entendu loin du compte. Le bilinguisme des élèves wallons est donc toujours au coeur des préoccupations actuelles du gouvernement, lequel désire légiférer un type d'enseignement né depuis une dizaine d'années, et qui affiche de très bons résultats. L'enseignement en immersion plonge en effet l'élève, pour une partie déterminée de son horaire, dans la langue étrangère. Les apprentissages se font alors dans cette langue. La méthode a rencontré un succès énorme, et l'offre a quelque fois eu du mal à répondre à la demande des parents. Le Cabinet Arena a décidé de mettre un peu d'ordre sur un label utilisé à tout va, éclaircissant les conditions d'organisation de l'immersion linguistique dans une école.
Plus de 150 écoles organisent ce type d'immersion cette année, ce qui constitue une augmentation de près de 25% par rapport à l'année passée. Relativisons cependant ces chiffres : seuls 5 % des élèves sont inscrits dans un enseignement de type immersif. Alors que la formule est autorisée depuis plus de dix ans (elle rencontre un certain succès dans l'enseignement communal principalement) et que quelques 30 professeurs ont été suivre un stage d'immersion à Gand, un avant-projet de décret a été soumis au Parlement de la Communauté Française, alors que les premiers débats sur l'immersion linguistique datent de décembre.
Une organisation plus stricte de l'immersion [1]Une école pourra recevoir le label "en immersion" si elle remplit les conditions suivantes :
- un avis positif du Conseil de participation
- un descriptif du projet reprenant l'organisation pédagogique, les mesures prises pour le suivi du projet, pour les élèves qui le quitteraient, la mise sur pied d'un comité d'accompagnement, la mise à disposition d'outils pédagogiques, etc.
L'autorisation d'utiliser (par qui sera-t-elle délivrée ?) est valable pendant 3 ans, mais peut être renouvelé. Comme pour le décret régulant les inscriptions, aucune sélection ne pourra être faite en amont pour les élèves désireux de suivre un apprentissage par immersion.
Pas n'importe quand, pas n'importe comment En primaire
En Région Wallonne, un élève pourra commencer une immersion en néerlandais, anglais ou allemand (l'immersion est, pour une raison inconnue, limitée au néerlandais à Bruxelles) selon son choix de seconde langue.
L'immersion pourra uniquement débuter :
- en 3ème maternelle ou première primaire
- en 3ème année primaire
Le choix est libre entre les trois langues précitées, quelle que soit la Région. L'immersion linguistique s'ouvre également aux filières qualifiantes.
- en première année secondaire
- en troisième année
Le minimum de cours prestés dans une langue étrangère sera de 8 périodes, sauf si l'enseignement par immersion commence plus tard (à partir de la 3ème année primaire, l'avant-projet de décret exige 12 périodes minimum). Le nombre de périodes maximum est dégressif, passant de 21 au début de l'enseignement primaire à 13 dans l'enseignement secondaire.
Tous les cours peuvent être donnés dans la langue d'immersion, sauf religion/morale [2] et mathématiques.
Quels titres requis pour être enseignant en immersion?Il faut disposer d'un titre pédagogique, d'une connaissance approfondie de la langue d'immersion et d'une connaissance "fonctionnelle" de la langue française. Pour les personnes dont la langue d'immersion est la langue maternelle, pas réellement d'exception : ceux-ci doivent produire une équivalence de diplôme, une reconnaissance professionnelle ou une habilitation à enseigner en immersion. Cependant, une certaine souplesse sera d'application[3].
ConclusionLe choix du Cabinet Arena s'est porté vers l'immersion forte ce qui est un bon choix dans la mesure où ce type d'immersion est le plus efficace. Il faut cependant analyser le phénomène de manière plus précise (voir à ce propos notre précédente analyse)
- une spécialiste de l'apprentissage des langues estime que l'enseignement immersif se révèle réellement efficace s'il débute avant 5 ans ...
- à Bruxelles, les parents d'enfants francophones pratiquent l'inverse : l'enseignement par submersion ! Les files d'attente pour inscrire dans une école flamande l'enfant francophone s'allongent d'année en année.
- Un rapport de l'Inspection notait également le risque de ségrégation inhérent : en proposant un enseignement en immersion, on risque (consciemment ou pas) d'attirer un public socioculturellement favorisé, ce qui va à l'encontre de la politique actuelle d'hétérogénéité dans les classes. Voir à ce sujet notre article sur
- L'obsession de l'apprentissage des langues a aussi son effet pervers : le Luxembourg est, à ce titre, un excellent exemple ; les élèves peuvent sortir quadrilingues mais en ayant des lacunes en sciences et mathématiques (selon l'enquête PISA).
- En labellisant (au même titre que les manuels, les ressources pédagogiques, etc.) l'immersion et en en rendant l'accès un peu plus compliqué, on risque de décourager les formules plus légères, qui pouvaient se targuer d'un triple avantage :
- les enseignants native speakers pouvaient se partager entre un nombre plus grand d'écoles, ce qui démocratisait l'accès à la formule d'immersion ;
- ces derniers étaient plus facilement acceptés par les enseignants existants en région wallonne, vu que le risque de perte d'emploi est plus faible ;
- comme le signale le Vif, huit heures ou moins, c'est mieux que rien du tout.
Comme le rappelle Françoise Bertieaux lors des discussions parlementaires il y a quelques jours :
En cette période où l'on parle à nouveau d'une grave pénurie d'enseignants, je vous demande de veiller à ne pas préparer un décret trop contraignant qui empêcherait le développement de nouvelles initiatives
Dans la mesure où la non-maitrise d'une langue étrangère devient rédhibitoire pour l'emploi mais aussi facteur de discriminations et railleries à l'échelle de notre pays, l'enjeu du bilinguisme dépasse le simple fait scolaire, et nécessite une action immédiate, concrète et documentée.
Notes[1] Nos sources sont diverses : le dossier du Vif / L'Express "Francophones : nuls en langue ?" ; les deux articles de Monique Baus dans la Libre ; le communiqué de presse(pdf) du Cabinet Arena ; le débat parlementaire du 24 octobre
[2] On peut s'étonner de ce choix, abscons s'il en est. Y aurait-il eu pression des réseaux à ce niveau ?
[3] Comme le signale un témoignage du Vif / L'express, un kinésithérapeute flamand sans aucune compétence pédagogique peut enseigner la langue de Vondel aux enfants d'Albert du Bois
Date/Heure : Le 2006-10-27 18:23:04
Source : http://www.enseignons.be/actualites/pedagogique/index.php/2006/10/27/150-l-immersion-linguistique-regulee
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